duendepr.com actualité Paranoid Android par Didier Faustino

Paranoid Android par Didier Faustino

Second volet ou déclinaison in situ de Poltergeist (2009), Paranoid Android est une installation venant marquer un seuil en pleine nature. Une porte de style Louis XV à deux battants, moulage souple réalisé en élastomère, se dresse comme une mue résiduelle au milieu d’une allée du Domaine de Chamarande. Maintenue en tension par un portique et fendue sur toute sa hauteur, la membrane se déploie en un écran blanc qui oblitère le paysage, obligeant le promeneur qui voudrait poursuivre sa route à se frayer un chemin à travers elle.

C’est l’expérience d’un franchissement qui s’offre alors à lui, celle du passage dans une autre dimension qui semble empreinte d’une inquiétante étrangeté. Si l’installation indique une voie, rien d’autre que la suite du paysage n’attend pourtant le spectateur de l’autre coté. Son envers ne recèle aucune autre surprise que celle de l’élément architectural muté et décontextualisé.

Corrompu et déplacé dans cet environnement, l’objet familier et ordinaire devient extraordinaire. Manifestation surnaturelle ou phénomène paranormal dont la théâtralité touche ici au burlesque, la double porte apparaît telle une incarnation exsangue qui n’aurait pas encore atteint la rigor mortis. La référence à Antonioni est patente, celle faite au corps inanimé, élément perturbateur qui dans Blow up vient jeter le trouble en s’invitant dans le champ, une affection du paysage posant l’incipit d’une énigme à résoudre. C’est aussi la brèche spatio-temporelle des toiles lacérées de Lucio Fontana, ou l’expérience charnelle d’une performance de Marina Abramović qui se rejoue ici, œuvre autoréférentielle, parodie ou réécriture, qui s’énonce jusque dans son titre emprunté à Radiohead.

Comme si l’œuvre n’avait pas finit de se définir parfaitement et invitait le spectateur à prendre part à la conversation, Paranoid android suscite la rencontre. Entrouvrant un interstice autant qu’elle entrave la route, l’installation matérialise une frontière dans un espace qui devrait s’illustrer par son absence, réinterrogeant dans une dichotomie les limites du corps et du territoire.

Paranoid Android, 2012,  élastomère et structure en acier laqué, 380x170x250 cm
« Les salons », exposition collective du 13 mai au 30 septembre 2012
Domaine départemental de Chamarande
38 rue du commandant Arnoux
91730 Chamarande
Tél : 01 60 82 52 01